La teinture indigo - le chàm - n’est pas seulement une couleur au Vietnam. C’est une mémoire textile, une tradition millénaire, une expression culturelle profonde et un pont entre les générations. Dans les vallées montagneuses du Nord, parmi les communautés H’Mông, Dao, Nùng et Tày, le bleu indigo rythme encore la vie quotidienne : il habille les corps, raconte des histoires, signifie l’appartenance à un groupe et contribue à la fierté collective.
Cet article vous emmène à la rencontre de cette tradition, de ses racines à ses pratiques, en passant par des expériences que vous pouvez vivre lors d’un voyage au Vietnam.
Qu’est-ce que le chàm et d’où vient le bleu indigo ?
Le mot chàm désigne à la fois la plante utilisée pour fabriquer la teinture (généralement des espèces d’Indigofera) et le processus de teinture naturelle qui en découle. Cette technique est attestée depuis des siècles au Vietnam, bien avant l’arrivée des colorants synthétiques, notamment dans les régions montagneuses du Nord.
Le bleu : entre manifestations pratiques et sens symbolique
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Pratique : le pigment indigo est naturellement résistant, protège les tissus contre l’usure et certains insectes.
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Symbolique : ce bleu profond évoque la terre, le ciel et l’harmonie avec la nature. Selon les ethnies, les nuances et les motifs racontent des histoires — village, statut social, croyances ou identité spirituelle.
Contrairement aux teintures chimiques modernes, le chàm est un produit de fermentation et d’oxydation, résultat d’un long dialogue entre l’artisan, la plante, l’eau et le temps. La couleur finale ne se révèle qu’après de nombreux bains et expositions à l’air.
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Source : Photo non contractuelle
Une tradition vivante au cœur des montagnes
Les H’Mông : gardiens de l’indigo dans le Nord-Ouest
Dans les villages des provinces montagneuses comme Lai Châu ou Lào Cai, la teinture indigo est bien plus qu’un savoir-faire technique. Elle est le reflet d’une identité culturelle profonde.
Chaque année, généralement entre juillet et août, les femmes Mông préparent leurs tissus : récolte du lin, filage, teinture, séchage et broderie.
Le processus peut sembler simple de l’extérieur, mais il exige patience, dévotion et savoir transmis de génération en génération. Les feuilles d’indigotier sont fermentées, filtrées puis mélangées à de la chaux ou à d’autres éléments naturels pour produire un pigment riche.
Aujourd’hui, malgré les pressions de la modernité, beaucoup de foyers H’Mông conservent encore cette tradition, l’incorporant désormais dans le tourisme communautaire pour partager leur culture avec les visiteurs et générer des revenus durables.
Les Dao : tradition et motifs
Chez l’ethnie Dao, le chàm constitue la base des vêtements traditionnels, souvent associés à des broderies colorées (rouge, blanc). Ici, le bleu indigo sert de fond pour mettre en valeur les motifs symboliques protecteurs.
Les Tày et Nùng
Dans certaines régions de Lai Chau et de Cao Bang, les Tày et Nùng privilégient des coupes plus simples, souvent monochromes, avec un indigo plus uniforme et épuré.

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Du plant à la couleur : le processus de teinture
Récolte et préparation
La teinture indigo au Vietnam commence par la récolte d’une plante — généralement Indigofera tinctoria (indigotier) — soit cultivée, soit cueillie dans la nature.
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Les feuilles sont trempées dans l’eau pendant plusieurs jours pour déclencher la fermentation.
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Le liquide ainsi obtenu est filtré puis mélangé à de la chaux, de la cendre ou d’autres additifs naturels pour provoquer l’oxydation du pigment.
Transformation du tissu
Une fois la teinture prête :
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Le tissu blanc (souvent lin ou coton) est plongé dans la cuve.
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Après quelques minutes, il est retiré et exposé à l’air.
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Le contact avec l’oxygène transforme progressivement l’eau verdâtre en bleu indigo profond.
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L’opération se répète plusieurs fois jusqu’à l’intensité désirée.
Ce jeu entre immersion et oxygénation est l’essence du chàm. Plus le tissu passe de temps dans la teinture, plus la couleur est profonde et durable.
Batik et motifs décoratifs
Dans certaines régions ou chez certaines ethnies, la teinture indigo est associée à des techniques de batik — appliquant de la cire d’abeille pour créer des motifs, avant la teinture.

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Le bleu indigo comme marqueur identitaire
Hmong : presque noir, symbole d’appartenance
Chez les Hmong, le bleu indigo est souvent très sombre, parfois presque noir, reflétant une esthétique culturelle forte et une identité locale.
Porter ce bleu, c’est comme afficher son appartenance à une histoire, une communauté, une terre. Les vêtements traditionnels deviennent alors des textes visuels, lisibles pour qui sait regarder.
Dao et Tày : diversité des styles
Chez les Dao, le chàm sert de toile de fond aux broderies colorées, créant des contrastes magnifiques. Chez les Tày ou les Nùng, les nuances peuvent être plus douces, reflétant une esthétique différente.
Où voir et vivre cette tradition au Vietnam ?
Pour les voyageurs, plusieurs régions et expériences permettent d’approcher ce savoir-faire :
Villages de teinture indigo dans le Nord-Ouest
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Lao Ty Phung — Province de Lai Châu : où les communautés Mông perpétuent l’art du chàm dans un cadre authentique.
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Villages autour de Sapa (Lào Cai) : ateliers, démonstrations et villages où les visiteurs peuvent observer ou participer.
Autres lieux où la tradition perdure
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Ha Giang — régions montagneuses avec des marchés ethniques où les tissus indigo sont portés et vendus.
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Mai Chau — artisanat textile chez les Thaï blancs, avec indigo utilisé pour écharpes, vêtements et souvenirs.
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Villages culturels autour de Hanoï — ateliers de teinture, comme ceux proposés par des organismes culturels en ville (par exemple ateliers de teinture indigo et batik).
Activités pratiques : ateliers, marchés et souvenirs
À Hà Nội, il existe des ateliers pratiques d’initiation à la teinture indigo, où vous apprendrez les étapes du processus et créerez vos propres échantillons ou pièces.
Ces ateliers sont souvent organisés par des associations culturelles ou des boutiques spécialisées, et durent de 1 h 30 à 2 h. C’est une manière ludique d’approcher ce savoir-faire tout en contribuant à la préservation de l’artisanat traditionnel.

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Conseils pratiques pour voyageurs
Meilleure période
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Saison sèche (de septembre à avril) pour visiter les montagnes du Nord.
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Mais pour voir la teinture en action dans les villages, juillet-août est souvent la période de préparation et d’activités communautaires.
Ce qu’il faut apporter
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Vêtements confortables, chaussures fermées pour les zones rurales.
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Appareil photo (respectez les personnes et demandez la permission avant de photographier).
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Argent liquide (beaucoup d’artisans ne prennent pas de cartes).
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Respect et curiosité : poser des questions, s’asseoir avec les artisans, apprendre les gestes.
Souvenirs à rapporter
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Écharpes, tissus, vêtements en indigo.
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Petits accessoires : sacs, pochettes ou tissus brodés.
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Évitez l’achat de produits de mauvaise qualité ou de fabrication industrielle : privilégiez les pièces artisanales authentiques.
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Conclusion
La teinture chàm au Vietnam n’est pas un simple savoir-faire artisanal. C’est une expression culturelle vivante, une manière de voir le monde, de relier les générations, de préserver l’identité face à la mondialisation.
C’est dans cette approche que des agences spécialisées dans le voyage responsable, comme Vietnam Original Travel, jouent un rôle important. En favorisant les rencontres directes avec les communautés, les séjours en homestay, les ateliers participatifs et les circuits hors des sentiers battus, elles contribuent à créer un tourisme plus conscient.
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