"Je tiens à vous dire mon admiration devant ce superbe musée. Et je voudrais adresser un grand bravo à toutes celles et à tous ceux qui ont participé, Monsieur le Directeur, à cette magnifique aventure. Je pense aux personnalités scientifiques, aux universitaires, aux chercheurs, aux architectes, aux artistes, Vietnamiens et Français, qui ont uni leur talent, leur énergie, leur savoir-faire, pour ce grand et beau projet qui voit le jour aujourd'hui."
— Président de la République française, M. Jacques Chirac
Lorsque Jacques Chirac prononce ces mots à Hanoï en 1997, il ne parle pas simplement d’un bâtiment. Il salue un projet consacré à la diversité ethnographique du Vietnam, fruit du travail de scientifiques, de chercheurs, d’architectes et d’artistes vietnamiens et français. Près de trente ans plus tard, cette diversité reste au cœur de l’intérêt du musée. Et pour un voyageur, elle prend tout son sens lorsqu’on quitte Hanoï pour découvrir les régions montagneuses du Nord.

Image du Musée d'ethnographie du Việt Nam vu de face (Crédit photo: Cao Bằng Điện Tử)
Sur un marché de Sapa, un vêtement brodé attire facilement le regard. Une couleur, un motif, une coiffe différente de celles que l’on voit habituellement dans les rues de Hanoï : pour un voyageur, ces détails peuvent sembler immédiatement dépaysants. Mais sauriez-vous dire ce qu’ils signifient, à quel groupe ethnique ils sont associés ou dans quel contexte ils sont portés ? C’est précisément pour éviter de réduire ces différences à de simples images que le Musée d’ethnographie du Vietnam mérite une place dans votre itinéraire à Hanoï. Avant de partir vers Sapa, Hà Giang ou Mù Cang Chải, quelques heures dans le musée permettent de découvrir les modes d’habitat, les techniques artisanales, les objets du quotidien et certains rites des groupes ethniques officiellement reconnus au Vietnam. Ainsi, le musée peut être envisagé non seulement comme un lieu à visiter à Hanoï, mais comme une première étape avant de partir à la découverte des régions montagneuses du Nord.
Informations générales
Ouvert en 1997 dans le district de Cầu Giấy, à environ 8 km du Vieux Quartier de Hanoï, le Musée d’ethnographie du Vietnam présente les 54 groupes ethniques officiellement reconnus dans le pays. La visite s’organise autour de trois ensembles : le bâtiment consacré aux groupes ethniques du Vietnam, le jardin où sont remontées des maisons traditionnelles et un bâtiment consacré à l’Asie du Sud-Est. Pour visiter pleinement un site d'une telle envergure, il est conseillé de prévoir environ deux à trois heures.
Une coopération franco-vietnamienne
L’histoire du musée permet aussi de comprendre les mots de Jacques Chirac placés en introduction de cet article. Le Musée d’ethnographie du Vietnam a été inauguré à Hanoï le 12 novembre 1997, dans le contexte du VIIe Sommet de la Francophonie organisé dans la capitale vietnamienne. Lors de l’inauguration, le président français a salué le travail commun de scientifiques, d’universitaires, de chercheurs, d’architectes et d’artistes vietnamiens et français ayant contribué à ce projet. Cette dimension franco-vietnamienne explique également pourquoi Jacques Chirac présente le musée comme un symbole de la coopération entre les deux pays.

Visite présidentielle au Vietnam - J. Chirac en 1997 (Crédit photo : Ambassade de France au Vietnam)
Ce que l’on entend par « ethnographie »
Le mot « ethnographie » peut sembler vague lorsque l’on prépare un voyage. Au musée, il devient pourtant très concret. Les collections permettent d’observer différents aspects de la vie quotidienne au Vietnam : les objets utilisés dans la maison, les outils liés aux activités agricoles et artisanales, les vêtements, les techniques de fabrication ou encore certains éléments associés aux rites. L’objectif n’est donc pas seulement de présenter des objets remarquables pour leur ancienneté ou leur valeur esthétique. Chaque objet peut renseigner sur une manière d’habiter, de travailler, de se vêtir ou d’organiser la vie collective. C’est cette dimension qui rend une visite ethnographique particulièrement intéressante.
Les 54 groupes ethniques reconnus au Vietnam
Le Vietnam reconnaît officiellement 54 groupes ethniques. La majorité de la population appartient au groupe Kinh, tandis que les 53 autres groupes sont officiellement considérés comme des minorités ethniques. Cette classification permet de comprendre l’une des particularités du pays : son hyper-diversité culturelle. C'est de là que viennent les différences linguistiques, vestimentaires, architecturales et sociales, qui constituent un Vietnam divers tout en restant soudé. Le musée fait découvrir alors cette diversité à travers des objets quotidiens, des maisons impressionnantes et des histoires intéressantes.
Le bâtiment principal : A ne pas rater !
Les objets du quotidien : se vêtir, cultiver, transporter, soigner
Une partie importante des collections concerne les activités ordinaires. On y trouve notamment des objets liés à l’agriculture, au transport, à l’artisanat et à la vie domestique. Les textiles occupent également une place importante, avec différentes techniques de tissage, de teinture et de décoration. Ces objets renseignent sur les pratiques des différents groupes ethniques du Vietnam. Une technique textile, par exemple, peut être étudiée à travers les matériaux employés et les gestes nécessaires à sa réalisation. De la même manière, les outils agricoles donnent des indications sur les activités pratiquées et sur la manière dont les communautés organisent leur travail.

Un coin d'exposition dédié aux objets quotidiens (Crédit photo : Internet)
Les rituels et les cycles de vie
Les collections abordent également des pratiques liées aux différents moments de la vie et aux rites, Elles permettent ainsi d’aller au-delà des objets matériels pour comprendre certaines dimensions sociales et culturelles. Cette étape mérite d’être regardée avec attention, car les objets prennent souvent leur sens dans les pratiques auxquelles ils sont associés. Les rites, les vêtements ou certains objets utilisés lors d’événements particuliers peuvent ainsi renseigner sur les relations sociales et sur la place accordée aux différentes étapes de la vie.

Un coin d'exposition dédié aux rituels (Crédit photo : Internet)
Petite astuce !
Le bâtiment principal demande une certaine disponibilité. La quantité d’informations écrites peut rendre la visite assez dense, notamment pour les voyageurs qui préfèrent une présentation très visuelle ou qui disposent de peu de temps. Ce n’est donc pas nécessairement la partie la plus facile à parcourir rapidement. Si la météo est favorable, une autre stratégie consiste à commencer par le jardin extérieur, puis à revenir dans le bâtiment principal avec davantage de temps pour lire et observer les collections.
Le jardin : les maisons traditionnelles
Le jardin extérieur constitue l’une des parties les plus intéressantes du musée. On n’y découvre pas de simples maquettes de maisons traditionnelles, mais des bâtiments remontés dans un nouvel environnement. Leur architecture permet surtout de comprendre comment les matériaux, les techniques de construction et l’organisation de l’espace sont liés aux modes de vie des communautés auxquelles ils appartiennent.
La maison longue des Ê Đê
La maison longue des Ê Đê permet d’observer une architecture pensée autour d’un espace d’habitation étendu. Mais pourquoi ? Est-ce un choix esthétique ? Pas vraiment (même si sa longueur rend la maison plus belle et plus unique). Ce choix est lié à la manière dont l’espace domestique est organisé. En parcourant la maison, le visiteur peut donc s’intéresser à la relation entre la structure du bâtiment et la vie quotidienne. La disposition des espaces donne des indications sur la manière dont les habitants partagent, utilisent et font évoluer leur lieu de vie.

La maison des Ê Đê, qui frappe par sa longeur (Crédit photo : Internet)
La maison communale des Bahnar et son toit
La maison communale Bahnar offre un autre exemple "particulièrement" visible dans le jardin. Sa structure et son toit attirent immédiatement l’attention, mais l’intérêt architectural va au-delà de leur apparence. La maison communale est liée à la vie collective. Son architecture permet ainsi d’aborder la question des espaces destinés à la communauté, par opposition aux espaces strictement domestiques. Observer la hauteur du toit, la structure porteuse et l’organisation générale du bâtiment permet de mieux comprendre cette fonction.

Maison commune des Bahnar, au toit particulièrement impressionnant. (Crédit photo : Vanupied)
Les maisons sur pilotis du Nord
Le jardin présente également des maisons sur pilotis associées à plusieurs groupes du Nord du Vietnam. Ici, la construction permet de réfléchir à l’adaptation de l’habitat à son environnement. Attention ! Les pilotis ne sont pas seulement un élément caractéristique à photographier. Ils participent à l’organisation entre le sol et l’habitation et répondent à des contraintes pratiques liées au milieu, notamment à la présence d’animaux. À l’intérieur, la répartition des espaces apporte d’autres informations sur la vie domestique.
La maison des Hmong
La maison associée aux Hmong offre un autre point de comparaison. Ses matériaux, sa structure et son organisation permettent de mettre en évidence la diversité des solutions architecturales développées dans les régions montagneuses. L’intérêt du jardin est justement de pouvoir observer plusieurs bâtiments dans un même espace. Cette proximité facilite la comparaison des formes, des matériaux et de l’organisation intérieure, sans avoir besoin de parcourir plusieurs régions du pays.

La technique de couverture de toit des Hmong (Crédit photo : Vanupied)
L’ensemble funéraire gia rai
L’ensemble funéraire gia rai introduit une autre dimension : celle des pratiques funéraires et de la statuaire associée. Les éléments sculptés peuvent présenter des formes très différentes de celles que l’on rencontre dans l’architecture domestique. Certaines sculptures funéraires ont une dimension sexuelle explicite. Il n’est pas nécessaire d’en faire un élément spectaculaire de la visite. Ces sculptures funéraires s’inscrivent dans un ensemble rituel et doivent être comprises dans ce contexte. Pour les familles avec de jeunes enfants, il peut néanmoins être utile de le savoir avant la visite.

Un symbole de fertilité de l'au-delà au musée d'Ethnographie du Vietnam (Vanupied)
Comment ces maisons ont-elles été construites ici ?
Ces maisons ne sont pas de simples reproductions réalisées pour donner une impression d’architecture traditionnelle. Certaines ont été démontées dans leur région d’origine, puis transportées à Hanoï et remontées dans le jardin du musée. Leur installation a également impliqué des artisans et des personnes issues des communautés concernées. Cette méthode permet de conserver une partie des matériaux, des techniques et des savoir-faire associés aux bâtiments.
Bref, chaque maison a sa propre histoire à raconter. Le choix des matériaux, la forme du bâtiment, la hauteur du plancher ou l’organisation des espaces répondent à des contraintes concrètes liées au climat, au terrain et aux modes de vie et montrent également une adaptation flexible chez les peuples du Vietnam.

L'intérieur de la maison longue des Ê Đê (Crédit photo : Internet)
Le bâtiment consacré à l’Asie du Sud-Est
Le musée ne s’arrête pas aux frontières du Vietnam. Un autre espace élargit la visite à l’Asie du Sud-Est et permet de replacer les cultures vietnamiennes dans un contexte régional plus large. Cette partie présente des objets et des documents liés à différentes sociétés d’Asie du Sud-Est. Elle permet notamment de comparer les techniques, les pratiques culturelles et certains objets du quotidien que l’on peut retrouver, sous des formes différentes, dans plusieurs pays de la région. Cette partie a pour but de rappeler que les cultures vietnamiennes ne se sont pas développées isolément. Elles s’inscrivent dans un espace régional où les populations, les techniques et les échanges ont circulé pendant des siècles.

La collaboration vietnamien-française : le bâtiment Cerf-volant (Photo crédit : PetroTimes)
Ce bâtiment est baptisé "Cerf-volant". Il a été achevé après six ans de travaux. Ce chef-d'œuvre est le fruit du travail acharné et de la collaboration d'experts vietnamiens et français. Il s'agit du tout premier musée consacré aux cultures des pays d'Asie du Sud-Est.
Pourquoi le visiter avant de monter dans le Nord ?
Le principal intérêt du musée, pour un voyageur qui prévoit de visiter Sapa, Hà Giang ou Mù Cang Chải, est de "préparer" son regard. Sur place, vous rencontrerez des groupes différents, avec leurs propres langues, vêtements, pratiques et formes d’habitat. Sans quelques repères préalables, il est facile de simplement remarquer qu’une tenue ou qu’une maison est "différente" sans vraiment savoir ce que cette différence signifie. La visite du musée permet justement de commencer à en savoir plus sur ces éléments. Les vêtements ne sont plus seulement des objets à photographier ; les maisons ne sont plus seulement des constructions pittoresques. Leur forme, leurs matériaux, leurs motifs ou leur organisation peuvent être replacés dans un contexte social et culturel plus large. Cette préparation peut également modifier la manière dont vous aborderez les rencontres sur le terrain. Le musée ne fournit évidemment pas toutes les réponses et ne remplace pas l’expérience vécue dans les villages et les régions montagneuses. Il donne plutôt quelques indices pour observer avec davantage d’attention et éviter de réduire la diversité des groupes ethniques à une simple image touristique.
Image d'une rizière en terrasses à Ha Giang, au nord du Vietnam (Crédit photo : Internet)
Entre les collections consacrées aux objets du quotidien, aux vêtements et aux rites, le jardin des maisons traditionnelles et l’espace consacré à l’Asie du Sud-Est, la visite permet de mieux comprendre les liens entre habitat, environnement et modes de vie. Mais le musée ne peut être qu’un point de départ. Les objets, les maisons et les explications donnent des repères ; c’est ensuite sur les routes de Sapa, de Hà Giang ou de Mù Cang Chải que vous pourrez découvrir comment ces cultures s’expriment dans leur environnement et dans la vie quotidienne. Si votre voyage vous emmène dans le Nord du Vietnam, prenez donc le temps de passer par le musée avant de partir. Puis allez voir par vous-même ce que les vitrines ne peuvent pas montrer. N'oubliez pas à nous raconter vos expériences au musée ! Ciao.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour visiter le Musée d’ethnographie du Vietnam ?
Comptez environ deux à trois heures pour découvrir les principaux espaces du musée. Si vous souhaitez lire attentivement les panneaux et observer les collections du bâtiment principal, prévoyez davantage de temps. Une visite plus courte reste possible en privilégiant le jardin extérieur.
Comment se rendre au musée depuis le Vieux Quartier de Hanoï ?
Le musée se trouve dans le district de Cầu Giấy, à environ 8 km du Vieux Quartier. Le plus simple est généralement de prendre un taxi ou une voiture avec chauffeur. Les transports en commun constituent également une possibilité, mais l’itinéraire dépend de votre point de départ et peut nécessiter plusieurs correspondances.
Le musée convient-il aux enfants ?
Oui, notamment grâce au jardin extérieur et aux maisons traditionnelles. Les enfants peuvent y observer directement les structures, les matériaux et l’organisation des espaces. Le bâtiment principal, plus dense en informations écrites, peut en revanche être moins adapté aux plus jeunes si la visite est trop longue.
Y a-t-il des explications en français ?
Le français occupe une place particulière dans l’histoire du musée. Lors de son inauguration en 1997, Jacques Chirac avait notamment souligné la présence d’informations scientifiques et de descriptions ethnologiques en français. Pour connaître les supports actuellement disponibles en français, il est préférable de vérifier les informations communiquées par le musée avant votre visite.
Combien de groupes ethniques compte le Vietnam ?
Le Vietnam reconnaît officiellement 54 groupes ethniques. Le groupe kinh constitue la majorité de la population, tandis que les 53 autres groupes sont officiellement considérés comme des groupes ethniques minoritaires.
Faut-il visiter le musée avant ou après un trek dans le Nord ?
Les deux options sont possibles, mais une visite avant de partir dans le Nord permet de disposer de quelques repères sur les groupes ethniques, les formes d’habitat, les vêtements et les techniques que vous pourrez ensuite observer sur le terrain. Après un trek, le musée peut également servir à mettre en perspective ce que vous avez déjà découvert.
Quelle différence avec le Musée national d’histoire du Vietnam ?
Les deux musées n’ont pas le même objectif. Le Musée national d’histoire du Vietnam se concentre principalement sur l’histoire, l’archéologie et le patrimoine historique du pays. Le Musée d’ethnographie s’intéresse davantage à la diversité des groupes ethniques, aux objets du quotidien, aux techniques, aux modes d’habitat et à certaines pratiques sociales et culturelles.



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